Chapitre VIII Le réflexe de l'orgasme et la technique de la végétothérapie caractéro-analytique
LA MOBILISATION DU « PELVIS MORT »
Le réflexe de l'orgasme n'apparaît pas immédiatement sous sa forme complète, mais se développe, pour ainsi dire, par une intégration de ses parties. Au début, il n'y a qu'une vague qui descend du cou à travers la poitrine et l'abdomen supérieur vers l'abdomen inférieur. Beaucoup de patients la décrivent ainsi : « C’est comme si la vague s'était trouvée brusquement arrêtée à un certain point, là, en dessous ». Le pelvis ne participe pas à ce mouvement ondulatoire. En essayant de localiser cette inhibition, on trouve généralement que le pelvis est fixé dans une position rétractée. Quelquefois, une épine dorsale arquée va de pair avec cette « rétraction », l'abdomen est poussé en avant. Une main peut être facilement placée entre le bas du dos et le divan. L'immobilité du pelvis donne une impression de « mort ». Dans la majorité des cas, les sujets le sentent comme un « vide dans le pelvis » ou une « faiblesse dans les organes génitaux ». C'est vrai spécialement dans les cas où les sujets souffrent de constipation chronique, nous comprenons pourquoi lorsque nous nous rappelons que la constipation chronique correspond à une hypertonie du sympathique, de même que la rétention dans le pelvis. Les patients sont incapables de bouger le pelvis. S'ils essaient, ils déplacent l’abdomen, le pelvis et les cuisses en une seule pièce. Ainsi la tâche thérapeutique consiste d'abord à faire prendre pleinement conscience au patient du vide végétatif que le pelvis présente. D’une façon général, il lutte intensément contre le phénomène de la mobilisation du pelvis par lui-même, et particulièrement contre le fait de le bouger en avant et en haut. En comparant les cas de frigidité génitale, on relève que l'absence de sensation, le sentiment de vide et de faiblesse sont d'autant plus intenses que le pelvis a perdu de sa mobilité naturelle. Ces patients-là souffrent toujours d'un trouble grave dans l’acte sexuel. Les femmes restent couchées sans mouvement. Ou bien elles s'efforcent de surmonter le bloquage de leur motilité végétative par des mouvements du tronc et du pelvis réunis. Chez les hommes le même trouble prend la forme de mouvements rapides, hâtifs et volontaires, de toute la partie inférieure du corps. Dans aucun de ces cas, la sensation orgastique végétative de courant n'est présente.
Certains détails de ce syndrome méritent une mention spéciale. La musculature génitale (bulbo-cavernosus et ischio-cavernosus) est tendue, de sorte que les contractions qui ont lieu normalement comme une réponse à la friction, ne peuvent se produire. La musculature des fesses est également tendue. La non-réactivité de ces muscles peut être fréquemment surmontée par les tentatives des patients en vue de produire en eux des contractions et des relaxations volontaires.
La base pelvienne est remontée. Ce mécanisme fait obstacle à un libre courant végétatif dans l'abdomen. De même, une fixation abaissée du diaphragme gêne le courant par en haut et la contraction de la musculature de la paroi abdominale par devant.
La position typique du pelvis décrit ci-dessus a toujours une origine infantile et naît consécutivement à deux troubles typiques du développement. Le terrain est préparé par l'éducation brutale de la propreté, lorsqu'on exige d'un enfant en bas âge de contrôler ses sphincters. De même la punition sévère du bébé qui mouille son lit conduit également à cette contracture du pelvis que l'enfant installe quand il commence à supprimer les excitations génitales aiguës qui donnent le départ de la masturbation infantile.
Car il est possible d'étouffer toute sensation de plaisir génital par une contracture chronique de la musculature pelvienne. La preuve en est dans le fait que les sensations génitales de courant apparaissent dès qu'on réussit à produire une relaxation de cette contracture pelvienne. Afin d'y parvenir, le patient doit avant tout sentir la façon dont il tient son pelvis, c'est-à-dire qu'il doit avoir le sentiment immédiat qu'il « tient son pelvis tranquille ». De plus, il faut mettre au jour tous les mouvements volontaires qui empêchent le mouvement végétatif naturel du pelvis. Le plus important et le plus commun de ces mouvements volontaires est celui qui consiste à bouger l'abdomen, le pelvis et les cuisses d'un seul geste. Il est tout à fait inutile que le patient fasse des exercices avec son pelvis, ainsi que le conseillent intuitivement beaucoup de professeurs de gymnastique. Tant que les attitudes, les actions défensives et cachées n'ont pas été découvertes et éliminées, le mouvement pelvien naturel ne peut pas se développer.
Plus intensément on travaille l'inhibition du mouvement du pelvis et plus complètement le pelvis commence à participer à la vague de l'excitation. Il se meut alors -- sans aucun effort de la part du patient -- en avant et en haut. Le patient sent que le pelvis est comme attiré vers l'ombilic, par une force extérieure, dirait-on, En même temps, les cuisses demeurent immobiles. Il est très important de distinguer nettement entre le mouvement végétatif naturel du pelvis et ces autres mouvements qui constituent une défense contre lui. Aussitôt que la vague descend du cou à travers la poitrine et l'abdomen droit vers le pelvis, le caractère du réflexe total subit changement. Alors que jusqu'ici le réflexe était essentiellement déplaisant, parfois même douloureux, il commence à devenir agréable. Alors que jusqu'ici se dessinaient des mouvements défensifs (la poussée en avant de l'abdomen, la courbure du dos, etc.) tout le tronc est arqué en avant et rappelle les mouvements d’un poisson. Les sensations de plaisir dans les organes génitaux et les sensations de courant dans tout le corps qui accompagnent maintenant les mouvements d'une façon croissante, ne laissent pas de doute : nous avons affaire à des mouvements coïtaux, végétatifs naturels. Leur caractère diffère fondamentalement des réflexes antérieurs et des réactions corporelles. La sensation de vide dans les organes génitaux est remplacée plus ou moins rapidement par une sensation de plénitude et de besoins urgents. Ainsi se développe spontanément la capacité d'expérience orgastique dans l’acte sexuel.
Les mêmes mouvements qui, lorsqu'ils apparaissent dans des groupes musculaires individuels, représentent les réactions pathologiques du corps au service de la défense contre le plaisir sexuel, constituent – dans leur totalité, en forme de mouvement ondulatoire du corps total – la base de la capacité végétative spontanée de plaisir.
Ainsi nous comprenons la nature de l'arc de cercle, ce symptôme hystérique où la poitrine et l’abdomen sont rejetés avant, alors que les épaules et pelvis sont tirés en arrière. C'est l'opposé exact du réflexe orgastique.
Avant que je ne connusse ces faits, je fus obligé de laisser les patients surmonter leur inhibition du mouvement pelvien, particulièrement par la voie des « exercices ». L'imperfection des résultats me fit renoncer à des mesures aussi artificielles me conduisit à rechercher plutôt dans les inhibitions de la motilité naturelle. La défense contre le réflexe orgastique cause une série de troubles végétatifs, la constipation chronique, le rhumatisme musculaire, la sciatique, par exemple. Dans beaucoup de cas, la constipation bien qu'installée depuis des lustres disparut dès que le réflexe orgastique fut établi. Son développement complet est souvent précédé de nausées, de vertiges, de spasmes dans la gorge, de contractions isolées dans la musculature abdominale, le diaphragme, le pelvis etc. Tous ces symptômes néanmoins, disparaissent, aussitôt que s'établit le plein développement du réflexe orgastique. Le pelvis « raide, mort, rétracté » est un des désordres végétatifs les plus communs chez l'homme. Il rend compte du lumbago et des hémorroides. Je montrerai par ailleurs sa relation avec le cancer de l'utérus chez les femmes.
Le mécanisme qui « rend mort le pelvis » a une fonction identique à celui qui « rend mort le ventre » : celle d'éviter les sensations, en particulier les sensations de plaisir et d'angoisse. Il est produit par une circonvallation serrée du « centre végétatif ». Au cours du traitement, le centre végétatif est libéré par une relaxation de cette circonvallation serrée.
A cette époque, lorsque devint clair le rapport entre les formes variées et les manifestations de l'attitude corporelle et l'expression d'une part, et le réflexe orgastique et la défense contre lui d'autre part, beaucoup de phénomènes obscurs observés préalablement dans le travail thérapeutique devinrent également compréhensibles.
Je me rappelai le cas (1) d'un tic du diaphragme chez une femme de 45 ans que j'avais traitée à la clinique psychanalytique de Vienne, quatorze ans auparavant et que j'avais guérie partiellement en lui rendant la masturbation possible. Depuis le temps de sa puberté, c'est-à-dire pendant 30 ans, cette patiente avait souffert d'un tic très perturbateur du diaphragme. Ce tic était accompagné de sons perceptibles. Lorsqu'elle put enfin se masturber, le tic diminua à un degré extraordinaire. Aujourd'hui, il est clair pour moi que cette amélioration fut due à une dissolution partielle du spasme du diaphragme. A cette époque, je pouvais dire seulement d'une façon générale que la satisfaction sexuelle avait partiellement supprimé la stase sexuelle et avait ainsi diminué le tic. Mais je ne savais pas alors de quelle façon la stase était devenue permanente, à quel endroit elle avait trouvé une décharge, ou de quelle manière la satisfaction sexuelle avait réduit la stase. Le tic respiratoire correspondait à une contraction involontaire du diaphragme qui représentait une tentative névrotique de réduire le spasme.
1. -- Cf. Wilhelm Reich, « Der Tic als Onanieäquivalent » in Zischr. f. Sexualwissenschaft, 1924.
Ces nouveaux aperçus me rappelèrent aussi les cas d'épilepsie avec aura abdominale où je n'avais pas su déceler exactement où les convulsions s'opéraient, ni quelles étaient leur action et leur relation avec le système neuro-végétatif. Il devenait clair maintenant que les crises épileptiques représentaient des convulsions de l'appareil végétatif dans lequel l'énergie bio-psychique retenue se déchargeait exclusivement par les voies de la musculature, celle des organes génitaux mise part. La crise épileptique est un orgasme musculaire extra-génital (1).
1. -- Cf. Wilhelm Reich, « Ueber den epileptischen Anfall » in Internat. Zeitschr. f. Psychoan. 17, 1931.
De même s'éclairaient maintenant les cas où l'on observe, au cours du traitement, des spasmes incoordonnés, involontaires de la musculature abdominale : ce ne sont que des efforts auxquels l'organisme se livre en vue de relaxer la tension abdominale.
Chez beaucoup de patients, j'avais eu le sentiment d’une misère cachée qui ne venait jamais au jour. Je n'aurais pu dire où cette misère était localisée. Le traitement du comportement végétatif, néanmoins, permet de localiser cette misère dans l'une ou l'autre partie du corps. Quelques patients expriment de l'amitié dans leurs yeux et dans leurs joues, alors que l'expression du menton et de la bouche est une contradiction flagrante avec elle. L'expression dans le bas du visage est entièrement différente de l'expression de la partie supérieure. L'analyse de l'attitude musculaire de la bouche et du menton libère une quantité incroyable de colère.
Dans d'autres on flaire la politesse conventionnelle du malade. Elle recouvre une malice astucieuse qui peut s'exprimer dans une constipation qui dure depuis des années. Les intestins ne fonctionnent pas et ne peuvent s'ouvrir qu'à l'aide de purgatifs. Ces patients-là, quand ils étaient enfants, devaient contrôler leurs explosions de colère et « emprisonner leur méchanceté dans le ventre ». La manière dont les patients décrivent leurs sensations corporelles rappelle presque toujours les phrases entendues dans la nursery. Par exemple, « le ventre est méchant lorsqu'il fait un pet ». Quand l'enfant est « bien élevé », grande est la tentation de répliquer à ces tentatives d'éducation par un « pet ». Mais bientôt l'enfant doit briser cette tendance et la seule façon de le faire est d' « emprisonner le pet dans son ventre ». L'enfant ne peut y arriver sans supprimer toutes les excitations qu'il éprouve dans l’abdomen, y compris les excitations sexuelles génitales. L’enfant aboutit à cette suppression en se retirant en lui-même et en « rentrant son ventre en lui-même ». L'abdomen devient dur et tendu. Il a « emprisonné sa méchanceté ».
Il serait utile de le présenter en détail, d’un point de vue historique et fonctionnel, le développement compliqué des attitudes corporelles pathologiques qu'on trouve dans divers cas. Je me contenterai d'indiquer quelques faits typiques.
Une brillante lumière éclaire ces phénomènes lorsque nous voyons comment le corps — alors qu'il peut fonctionner comme un organisme total — est aussi capable de se diviser en parties, l'une fonctionnant dans le sens du parasympathique, et l'autre dans le sens du sympathique. Une de mes patientes montra le phénomène suivant dans une certaine phase du traitement : l'abdomen supérieur était déjà complètement relaxé. Elle éprouvait les sensations typiques de courant. On pouvait facilement exercer une pression sur la paroi abdominale, etc. Il n'y avait plus d'interruption dans les sensations de l'abdomen supérieur, de la poitrine et du cou. Néanmoins, l'abdomen inférieur, comme si une ligne de démarcation avait été tracée, se comportait d'une manière tout à fait différente. Ici, une masse dure de la grandeur d'une tête de nourrisson, pouvait être palpée. Il serait impossible d'expliquer anatomiquement ce qu'était cette masse, de déceler les organes qui avaient participé à sa formation. Mais il ne pouvait y avoir le moindre doute sur la masse elle-même. Lors d'une phase ultérieure du traitement, il y eut des jours où cette masse apparaissait et disparaissait, alternativement. Elle apparaissait toujours quand la patiente avait peur d'une excitation génitale commençante et la supprimait. Elle disparaissait quand la patiente permettait à l'excitation génitale de se faire sentir.
Je discuterai ailleurs les manifestations somatiques de la schizophrénie, surtout de la catatonie. Les stéréotypies, les automatismes de toutes sortes dans la schizophrénie résultent de la cuirasse caractérielle et de la brèche faite par l'énergie végétative. Ceci ressort avec évidence surtout dans la crise catatonique de rage. Dans une névrose ordinaire, l'inhibition de la motilité végétative est seulement superficielle. Sous cette cuirasse superficielle existe toujours la possibilité de l'excitation intérieure et d'une certaine décharge énergétique dans la « fantaisie ». Si néanmoins, comme dans la catatonie, le processus « cuirassant » s'étend à des couches plus profondes de façon à bloquer les parties centrales de l'organisme biologique, s'il s'étend à toute la musculature, seules demeurent la possibilité d'une percée violente de l'énergie végétative (attaque de rage qui est éprouvée comme un soulagement) ou la détérioration progressive et complète de l'appareil vital.
D’autres problèmes qui devront être revus à partir de là s’inscrivent dans une série de maladies organiques : ulcère d'estomac, rhumatisme, cancer.
Les psychothérapeutes peuvent aisément observer un grand nombre de ces symptômes dans leur travail clinique quotidien. Néanmoins, ces symptômes ne peuvent être analysés ou compris individuellement, mais seulement par rapport au fonctionnement biologique du corps pris comme un tout, et par rapport aux fonctions de plaisir et d'angoisse. Il est impossible de venir à bout des problèmes qui se posent dans les attitudes corporelles et l'expression somatique, si l'on considère seulement l'angoisse comme la cause de la stase sexuelle, et non d'abord et par-dessus tout, comme un résultat de la stase sexuelle. La « stase » n'est rien d’autre qu'une inhibition de l’expansion végétative et un bloquage de l’activité et de la motilité des organes végétatifs centraux. Dans ce cas, la décharge de l'énergie biologique est bloquée, et l'énergie devient liée.
Le réflexe orgastique est une contraction unitaire du corps pris comme un ensemble. Dans l'orgasme nous ne sommes qu'une masse convulsive de protoplasme. Après quinze années d'études sur le problème de l'orgasme, j'avais enfin trouvé le cœur biologique des troubles psychiques. Le réflexe de l'orgasme se trouve dans tous les organismes copulants. Dans les organismes plus primitifs, tels que les protozoaires, on le rencontre sous forme de contractions du plasma (1). Le niveau le plus bas où on le trouve se situe dans le processus de la division cellulaire. Des difficultés s'étaient présentées quand on s'était demandé ce qui, dans les organismes d'une structure plus complexe, remplace la contraction à forme sphérique qui est caractéristique des protozoaires. A partir d'un certain stade de l'évolution, les métazoaires possèdent un cadre osseux qui les empêche de produire le mouvement caractéristique des mollusques et des protozoaires, notamment la forme sphérique prise dans la contraction. Imaginons qu'une vessie biologique s'est développée dans un tube élastique. Supposons que ce tube tienne une baguette longitudinale, représentant la colonne vertébrale, qui ne puisse plier que dans le sens de la longueur. Si maintenant le tube élastique est mû par l'impulsion de se contracter, nous voyons -- puisqu'il doit se contracter en dépit du fait qu'il ne peut prendre une forme sphérique -- qu'il n'a qu'une possibilité de le faire : c'est de plier aussi rapidement et complètement que possible.
1. -- Cf. Wilhelm Die Bione, Sexpol-Verlag, 1938, p. 205.
Biologiquement parlant, l'orgasme n'est rien que ce mouvement. L'attitude corporelle correspondante apparaît chez beaucoup d'insectes et dans l'attitude de l'embryon.
Chez les individus hystériques, les spasmes musculaires ont lieu avec une prédilection particulière dans les parties de l'organisme qui ont une musculature annulaire, spécialement la gorge et l'anus. Du point de vue embryologique, ces deux emplacements correspondent aux ouvertures de l'appareil gastro-intestinal primitif.
D'une importance semblable est la musculature annulaire à l'entrée et à la sortie de l'estomac. Ici des spasmes hystériques, entraînant de graves conséquences pour la condition de l'ensemble du système, se rencontrent fréquemment. Ces régions du corps qui ont une disposition spéciale à des contractions durables et qui correspondent à des niveaux très primitifs de développement, sont le plus souvent le siège de spasmes névrotiques. Lorsqu'il existe un spasme à la gorge ou à l'anus, la contraction orgastique devient impossible. La « rétention » somatique s'exprime dans une attitude qui est à l'opposé de celle de l'orgasme : le dos est arqué, le cou raide, l'anus serré, la poitrine bombée, les épaules tendues. L'arc de cercle en hystérie est l'opposé exact du réflexe orgastique et le prototype de la défense contre la sexualité.
Toute impulsion psychique est fonctionnellement identique à une excitation somatique définie. La conception selon laquelle l'appareil psychique fonctionne par lui-même et influence l'appareil somatique -- qui lui aussi fonctionne par lui-même -- n'est pas en accord avec les faits. Tout bond du psychique dans le somatique est inconcevable, l'hypothèse suivant laquelle existerait deux domaines séparés étant fausse. Pas davantage il n’est possible à une idée, celle d'aller dormir par exemple, d’exercer une influence somatique, à moins qu'elle ne soit déjà l'expression d'une impulsion végétative. Le développement d'une idée à partir d'une impulsion végétative est un des problèmes les plus difficiles auxquels la psychologie ait à faire face. L'expérience clinique ne laisse aucun doute sur le fait que les symptômes somatiques aussi bien que l'idée inconsciente sont les résultats de conflits dans l'innervation végétative. Cette découverte ne contredit pas le fait qu'on puisse éliminer un symptôme somatique en rendant consciente sa signification psychique. Car n'importe quel changement induit dans le domaine des idées psychiques est nécessairement identique aux changements dans l'excitation végétative. C'est-à-dire que ce n'est pas la prise de conscience de l'idée elle-même qui guérit, mais le changement que cette prise de conscience apporte dans l'excitation végétative.
Ainsi trouvons-nous la succession suivante de fonctions au cours de l'action exercée par une idée dans le domaine somatique :
a) L'excitation psychique est identique à l'excitation somatique.
b) La fixation d'une excitation psychique résulte de l'établissement d'un état défini d'innervation végétative.
c) Le changement de l'état végétatif modifie le fonctionnement de l'organe.
d) La « signification psychique du symptôme organique » n'est rien d'autre que l’attitude somatique dans laquelle s'exprime la « signification psychique ». (La réserve psychique s'exprime dans une rétention végétative, la haine psychique s'exprime dans une attitude végétative définie de haine. Les deux symptômes sont identiques et ne sauraient être séparés).
e) L'état végétatif établi agit à son tour sur l'état psychique. La perception d'un danger réel fonctionne identiquement avec une innervation sympathicotonique. Celle-ci à son tour augmente l'angoisse. L'angoisse accrue appelle un processus de cuirassement qui est synonyme de la liaison d'énergie végétative dans la cuirasse musculaire. Cette cuirasse à son tour restreint la possibilité de décharger l'énergie et augmente ainsi la tension, etc.
Le psychique et le somatique opèrent du point de vue de l'énergie bio-psychique comme deux systèmes qui sont unitaires aussi bien que se conditionnant l'un et l'autre.
Le cas clinique suivant peut servir d'illustration.
Une jeune lemme extrêmement jolie et sexuellement attirante se plaignait du sentiment qu'elle avait d'être laide, car elle n’éprouvait pas de sentiment unitaire de son corps. Elle décrivit son état de la façon suivante : « Chaque partie de mon corps agit pour elle-même. Mes pieds sont ici et ma tête est là, et je ne sais jamais réellement où sont mes mains. Je n'ai pas mon corps ensemble. » Autrement dit, elle souffrait du trouble bien connu de l'auto-perception dont la forme extrême est la dépersonnalisation schizoïde. Pendant le travail végétothérapeutique, elle montra une liaison très particulière entre les diverses fonctions des attitudes musculaires dans son visage. Dès le début du traitement l'expression « indifférente » de son visage apparut. Cette expression « d'indifférence » devint si intense que la patiente commença à en souffrir vivement. Lorsqu'on lui parlait, même de choses sérieuses, elle regardait fixement dans un coin de la pièce ou à travers la fenêtre. Son visage portait une expression indifférente, et ses yeux avaient un regard vide et « perdu ». Une fois que cette expression fut complètement analysée et dissoute, son visage prit une autre expression dont on n'avait jusqu'alors que soupçonné l'existence. La bouche et le menton se distinguaient par l'expression des yeux et du front. Quand elle devint plus discernable, il apparut que la bouche et le menton étaient « en colère », tandis que les yeux et le front restaient « morts ». Tels étaient les mots propres à exprimer la perception intérieure que la patiente avait de ses attitudes. Je commençai à travailler séparément l'expression de la bouche et du menton. Au cours de ce travail, se manifestèrent des réactions incroyablement violentes d'impulsions inhibées à mordre. Elles s'étaient développées envers le père et le mari, sans cependant avoir été vécues. Les violentes impulsions de colère qui s'étaient exprimées ainsi, dans l'attitude de la bouche et du menton, avaient été recouvertes par une attitude d'indifférence sur tout le visage. C'est seulement après l'élimination de cette indifférence que l'expression coléreuse de la bouche fut mise au jour. L'indifférence avait pour fonction de préserver la patiente contre le danger continuel d'être exposée à la perception de la haine qui eût été exprimée par sa bouche. Après deux semaines de travail dans la région de la bouche, l'expression coléreuse disparut complètement, à la suite de l'analyse d'une réaction de déception très intense. Un de ses traits caractériels les plus saillants était l'obsession de demander constamment de l'amour, et de se mettre en colère lorsque ses exigences impossibles n'étaient pas satisfaites. Après que l'attitude de la bouche et du menton fut dissoute, apparurent des contractions pré-orgastiques dans tout le corps, sous la forme d'un mouvement ondulatoire serpentin qui se propagea jusqu'au pelvis. Cependant l'excitation génitale était inhibée en un endroit défini. Pendant que l'on se livrait à la recherche de ce mécanisme inhibiteur, l'expression des yeux et du front devint peu à peu plus prononcée. Elle consistait dans un regard fixe, coléreux, observateur, attentif et critique. C'est alors seulement que la patiente prit conscience de son attitude qui consistait à paraître « ne jamais perdre la tête » et être toujours « sur ses gardes ».
La façon dont les énergies végétatives émergent et se font plus distinctes est un des phénomènes les plus que nous puissions voir en végétothérapie. Il ne peut être réellement décrit. Il faut le vivre cliniquement.
Chez cette patiente, le front « mort » avait recouvert le front « critique ». La question suivante était de connaître la fonction de ce front « critique et coléreux ». Une analyse détaillée du mécanisme d’excitation génitale révéla que le front « regardait attentivement ce que faisaient les organes génitaux ». Historiquement, l'expression sévère des yeux et du front découlait d'une identification avec le père, homme très moral et d'un ascétisme rigoureux. Encore très jeune, la patiente avait entendu à maintes reprises son père insister sur le danger qu'il y avait à s'abandonner aux plaisirs sexuels. En particulier, il avait fait un tableau très sombre des ravages exercés sur le corps par la syphilis, Ainsi le front avait pris la place du père pour mettre la patiente garde contre la tentation de l'abandon aux désirs sexuels.
L'interprétation suivant laquelle elle s'était identifiée avec son père n'était en aucune façon suffisante. II fallait maintenant savoir a) pourquoi l'identification eut lieu a cet endroit, c'est-à-dire sur le front, et non pas ailleurs, et b) ce qui maintenait cette fonction dans le présent immédiat. Nous devons faire une discrimination sévère entre une explication historique d'une fonction et son explication dynamique en termes de présent immédiat. Ce sont là deux choses entièrement différentes. Nous n’éliminons pas un symptôme somatique en le rendant historiquement compréhensible. Nous ne pouvons pas nous passer de la connaissance de la fonction qu'une attitude sert dans le présent immédiat. (Il ne faut pas confondre ceci avec le conflit présent). Le fait que le front vigilant découle de l'identification avec le père sévère n'ébranlerait pas Ie moins du monde le trouble orgastique.
Le cours ultérieur du traitement montra l'exactitude de cette vue. Car dans la mesure où l'expression « morte » fut remplacée par pression « critique », la défense contre la génitalité s’accentua, Après quoi l'expression critique et sévère se mit à alterner avec une expression gaie et enfantine dans le front et les yeux : à un moment donné, la patiente se sentait en harmonie avec son désir génital, à une autre moment, elle. avait envers lui une attitude critique et défensive, Quand l'attitude critique eut entièrement disparu du front et fut remplacé par une attitude joyeuse, l'inhibition de l’excitation génitale disparut également.
J'ai présenté ce cas en détail, parce qu'il propre à illustrer un certain nombre de désordres du processus de tension et de charge dans l'appareil génital. L'attitude défensive qui consiste à « tenir sa tête froide » par exemple, que cette patiente montra si clairement, est un phénomène banal.
La patiente avait le sentiment que son corps était divisé, non intégré et non uni. Voilà pourquoi la conscience de sa grâce sexuelle et végétative lui faisait défaut.
Comment est-il possible qu un organisme qui, après tout, est un ensemble unitaire, puisse dans ses perceptions se sentir divisé ? Le terme « dépersonnalisation » ne signifie rien. Il doit lui-même être expliqué. Comment est-il possible, devons-nous nous demander, que des parties de l'organisme en viennent à fonctionner pour leur propre compte, comme si elles étaient séparées de l'organisme lui-même ? Les explications psychologiques ne nous mèneront pas loin, car le psychique dans sa fonction émotionnelle dépend complètement des fonctions d'expansion et de contraction dans l'appareil vital végétatif. Cet appareil est un système non-homogène. Le témoignage clinique et expérimental montre que le processus de tension et de charge peut avoir lieu dans le corps pris comme un tout, aussi bien que dans les groupes d'organes particuliers. L'appareil végétatif est capable de présenter une excitation parasympathique dans l'abdomen supérieur et, simultanément, une excitation sympathicotonique, dans l'abdomen inférieur. Semblablement, il peut se produire une tension dans les muscles des épaules, et en même temps un relâchement ou un état flasque dans les jambes. Un tel phénomène est possible, comme il est dit plus haut, pour l'unique raison que l'appareil végétatif n'est pas une structure homogène. Chez un individu engagé dans l'activité sexuelle, la région de la bouche peut être excitée, tandis que la région génitale ne l’est pas du tout, ou se trouve dans un état négatif, ou inversement.
Ces faits assurent une base solide pour l'évaluation de ce qui est « sain » et de ce qui est « malade » du point de vue de l'économie sexuelle. Il n'est pas douteux que le critère de base de la santé psychique et végétative est la capacité de l'organisme d'agir et de réagir, en tant qu'unité et totalité, en termes de fonctions biologiques, de tension et de charge. Inversement, nous devons considérer comme pathologique tout absence de participation d'organes particuliers ou de groupes d'organes dans l'unité et la totalité de la fonction végétative de tension et de charge, si cette absence de participation est chronique et représente un désordre durable dans le fonctionnement total de l'organisme.
De plus, l'expérience clinique montre que les troubles de l'auto-perception ne disparaissent réellement qu'après le plein développement du réflexe orgastique. Alors tout se passe comme si tous les organes et les systèmes d'organes étaient rassemblés en une seule unité expérientielle par rapport à la contraction comme à l'expansion.
De ce point de vue, on peut saisir la dépersonnalisation comme une absence de charge, c'est-à-dire comme un trouble de l’innervation végétative d'organes individuels ou de systèmes d’organes individuels ou de systèmes d’organes, des bouts des doigts, des bras, de la tête, des jambes, des organes génitaux, etc... L'absence d'unité dans la perception de son propre corps est également causée par l’interruption dans ou telle partie du corps du courant de l'excitation. Ceci est particulièrement vrai de deux régions : le cou, où le spasme bloque la progression de l'onde d'excitation de la poitrine vers la tête, et la musculature du pelvis, qui, lorsqu'elle est spasmée, interrompt le cours de l'excitation de l'abdomen dans les organes génitaux et les jambes.
Tout trouble dans la capacité de ressentir pleinement son propre corps attaque la confiance en soi, aussi bien que l'unité du sentiment corporel. Il crée en même temps le besoin de compensation. La perception de sa propre intégrité végétative, qui est la seule base sûre et naturelle pour une robuste confiance en soi, est troublée chez tous les névrosés. Le trouble manifeste de manières fort diverses. Son degré extrême est la complète dissociation de la personnalité. Il n y a pas de différence entre une simple sensation d'être affectivement froid et raide d’une part, et la dissociation schizophrénique, manque de contact et dépersonnalisation d'autre part. Il n'y a là qu'une différence quantitative, bien qu'elle apparaisse aussi qualitativement. Le sentiment de l’intégrité est lié au sentiment d'un contact immédiat avec le monde. Quand, au cours de la thérapeutique, l'unité du orgastique est établie, le sentiment la profondeur et de la gravité qui avait été perdu depuis longtemps se récupère. Dans ce domaine, les patients se rappellent la période de leur petite enfance lorsque l'unité de leurs sensations corporelles n'était pas encore affectée. Sous le coup d'une émotion profonde, ils racontent comment, étant tout petits, ils se sentaient à l'unisson avec la nature, avec ce qui était autour d'eux, et combien ils se sentaient vivants, et comment par la suite tout cela s'est disloqué et détruit sous l’effet de l'éducation. Cette rupture de l'unité des sentiments par le refoulement sexuel et le désir continuel de rétablir le contact avec le soi et avec le monde, est la base subjective de toutes les religions qui nient le sexe. « Dieu » est l'idée mystique de l’harmonie végétative du moi avec la nature. Et lorsque Dieu ne représente rien d'autre que la personnification des lois naturelles qui gouvernent l'homme et en font un élément du processus naturel universel, alors seulement la science naturelle et la religion se réconcilient,
L'homme a fait de grands progrès dans la construction et maîtrise des machines, mais il y a quarante ans à peine qu'il essaie de se comprendre lui-même. La peste psychique qui caractérise notre époque ne pourra être surmontée si l'on omet d'établir une économie planifiée de l'énergie biologique humaine. La voie de l'investigation scientifique et de la maîtrise de questions vitales est longue et dure. C'est l'opposé exact de l'impertinence du politicien basée sur l'ignorance. On peut espérer qu'un jour la science réussira à manier l'énergie biologique comme elle manie aujourd'hui l'énergie électrique. C'est alors, mais alors seulement, que la peste psychique trouvera son maître.
6. -- MALADIES PSYCHOSOMATIQUES TYPIQUES RESULTATS DE LA SYMPATHICOTONIE CHRONIQUE
Nous possédons maintenant des lumières suffisantes sur la sympathicotonie pour entreprendre la revue rapide d'une série de maladies organiques qui doivent leur existence à l'impuissance orgastique de l'homme. L'angoisse d'orgasme crée une sympathicotonie chronique. Celle-ci à son tour crée une impuissance orgastique. Et cette dernière maintient dans un cercle vicieux la sympathicotonie. La caractéristique fondamentale de la sympathicotonie est l'attitude chronique du thorax dans l'inspiration et la limitation de la pleine expiration (parasympathique). La fonction de cette attitude inspiratoire sympathicotonique est essentiellement de prévenir la manifestation de ces affects et de ces sensations corporelles qui apparaissent dans une respiration normale.
Voici quelques-uns des résultats de l'attitude chronique de l'angoisse :
1. Hypertension cardio-vasculaire : Les vaisseaux sanguins de la périphérie sont chroniquement contractés et leur amplitude d'expansion et de contraction est limitée. Ainsi, pour faire circuler le sang à travers des vaisseaux sanguins rigides, le Cœur doit continuellement accomplir un travail excessif. La tachycardie, la haute pression sanguine, les sentiments d'oppression dans la poitrine, et même la pleine angoisse cardiaque sont aussi des symptômes d'hyperthyroïdie, On peut se demander si le trouble de la fonction thyroïdienne est primaire, ou si, et dans quelle mesure, il ne constitue qu'un symptôme secondaire d'une sympathicotonie générale. L'artériosclérose, où les vaisseaux sanguins subissent une calcification, apparaît également avec une fréquence surprenante chez les sujets qui ont souffert auparavant d'une déjà ancienne hypertension fonctionnelle. Il est hautement probable que même les maladies valvulaires et les autres formes de maladies cardiaques organiques représentent une réaction de l'organisme à l'hypertension chronique du système vasculaire.
2. Rhumatisme musculaire : L'attitude inspiratoire chronique du thorax se montre à la longue insuffisante pour maîtriser les excitations biologiques dans le système autonome. Elle est aidée par la tension chronique des muscles, la cuirasse musculaire. Si l'hypertension des muscles s'installe pendant de longues années, elle mène à une contracture chronique et à la formation de nodules rhumatiques qui résultent d'un dépôt de substances solides dans les faisceaux de muscles. Dans ce dernier stade le processus rhumatisant est devenu irréversible. Pendant le traitement végétothérapeutique on trouve que le rhumatisme atteint d'une manière typique ces groupes de muscles qui jouent un rôle prépondérant dans la suppression des affects et des sensations corporelles. Il est souvent localisé dans le cou (« se monter le cou », en anglais : stiffnecked) et entre les omoplates où l'action musculaire typique consiste à redresser les épaules en arrière. Au point de vue de l'analyse caractérielle, c'est un geste de « self-control » ou de « retenue ». Nous le trouvons également dans les deux muscles épais de la nuque qui vont de l'occiput à la clavicule (les muscles sterno-cléidomastoides). Ces muscles sont dans un état d'hypertension chronique lorsque la suppression inconsciente de la colère est chronique. Un patient rhumatisant appela ces groupes de muscles des « muscles de rancune ». Il faut ajouter ceux-ci les masseters dont l'hypertension chronique donne au bas du visage un air d'entêtement et d'amertume.
Dans les parties inférieures du corps, les muscles qui sont le plus fréquemment affectés sont ceux qui tirent en arrière le pelvis. Comme nous le savons la rétraction chronique pelvis a pour fonction de supprimer l'excitation génitale. Sous ce rapport syndrome du lumbago exige une investigation détaillée. On le diagnostique très fréquemment chez les patients qui tiennent les muscles fessiers dans une hypertension chronique pour supprimer les sensations anales. Un autre groupe de muscles atteint souvent de rhumatisme est celui des adducteurs. Ils sont responsables du geste qui consiste à « presser les jambes ». Leur fonction, plus facile à observer chez les femmes, est de supprimer l'excitation génitale. Dans le travail végétothérapeutique, leur fonction est si évidente qu’on les a définis comme « des muscles moralité ». Tandler, l’anatomiste viennois, les appelait en plaisantant « custodes virginitatis ». Chez les patients rhumatisants, mais aussi chez un grand nombre de névrosés du caractère, ces muscles apparaissent au toucher comme des rouleaux épais, sensitifs, qu'on n'arrive pas à relaxer. Les muscles fléchisseurs du genou qui vont de la surface inférieure du pelvis à l'extrémité supérieure du tibia appartiennent à la même catégorie. Ils sont chroniquement contractés si l'individu supprime les sensations de la base pelvienne.
Les grands muscles pectoraux sont dans une hypertension chronique, durs et proéminents, si l'attitude inspiratoire de la poitrine est maintenue chroniquement. Il en résulte souvent des névralgies intercostales qui disparaissent en même temps que l'hypertension du thorax.
3. Il y a de bonnes raisons de croire que l'emphysème pulmonaire qui s'accompagne d'une poitrine cintrée provient d'une attitude inspiratoire chronique du thorax. Il faut tenir compte du fait que toute fixation chronique d'une certaine attitude musculaire diminue l'élasticité des tissus. C'est vrai dans le cas de l'emphysème en ce qui concerne les fibres élastiques des bronches.
4. Les connections entre l'asthme et la sympathicotonie ne sont pas encore claires.
5. Ulcère de l'estomac. Selon le tableau de la page 231, la sympathicotonie chronique est accompagnée par une prépondérance des acides, qui se reflète dans l'excès d'acidité gastrique. L'alcalisation diminue. La muqueuse de l'estomac est exposée aux effets des acides. L'ulcère de l'estomac se localise typiquement au milieu de la paroi postérieure de l'estomac, juste en face du pancréas et du plexus solaire. Tout indique que les nerfs végétatifs de la paroi postérieure se rétractent dans la sympathicotonie et réduisent ainsi la résistance de la muqueuse contre les attaques de l'acide. On a si souvent reconnu que l'ulcère de l'estomac accompagne les troubles affectifs chroniques qu'il n'est plus possible aujourd'hui de douter de sa nature psychosomatique.
6. Spasme des muscles annulaires de tonte sorte.
a) Les attaques spasmodiques à l'entrée de l'estomac, le cardiospasme, et à la sortie de l'estomac, le pylorospasme.
b) La constipation chronique, résultant de la diminution ou de la cessation de la fonction de tension et de charge dans les intestins. Elle est toujours accompagnée d'une sympathicotonie générale et d'une attitude inspiratoire chronique de la poitrine. C'est une des maladies chroniques les plus répandues.
c) Les hémorroïdes résultent d'un spasme chronique du sphincter anal. Le sang, dans les veines de la périphérie de l'anus, est mécaniquement endigué et les parois des vaisseaux se dilatent par endroits.
d) Le vaginisme provient de la contraction de la musculature annulaire du vagin.
7. Une série de maladies du sang (chlorose, certaines formes d'anémie) sont décrites par Müller (Die Lebensnerren) comme des affections sympathicotoniques.
8. Excès d'oxyde de carbone dans le sang et dans les tissus. Si l'on approfondit l'œuvre fondamentale du savant viennois Warburg, sur l'excès de C02 dans les tissus du cancer, il devient clair que l'expiration chroniquement réduite, due à la sympathicotonie, représente un aspect essentiel de la prédisposition au cancer. La respiration externe réduite mène à une respiration Interne pauvre. Les organes, avec une respiration chroniquement pauvre et une charge bio-électrique insuffisante, sont plus susceptibles aux stimuli carcinomateux que les organes qui respirent bien. L'association entre l'inhibition expiratoire du névrosé caractériel du type sympathicotonique et la découverte par Warburg du trouble respiratoire des organes cancéreux fut le point de départ de mon étude sur l'économie sexuelle du cancer. Je traite ce sujet ailleurs (1). Néanmoins je voudrais signaler ceci : chez les femmes, le cancer est surtout localisé dans les organes sexuels. Le rapport avec la frigidité qui est évident est connu de beaucoup de gynécologues. Quant au cancer du tube digestif il a en général pour arrière-plan la constipation chronique.
Il va sans dire que cette énumération rapide n'a pas la prétention de remplacer un travail minutieux auquel un individu seul ne pourrait se livrer, et qui exige la collaboration de nombreux médecins et la formation d'une équipe de recherche scientifique, Mon intention était uniquement de signaler un vaste champ de pathologie qui est intimement lié à la fonction de l'orgasme. Je voulais mettre l'accent sur les rapports qui avaient été négligés jusqu’ici et en appeler à la conscience de la profession médicale pour qu’elle prenne au sérieux -- comme ils méritent de l'être – les troubles sexuels. Il est aussi d'une grande importance que les étudiants en médecine puissent obtenir une connaissance exacte de la théorie de l’orgasme et de la sexologie générale pour répondre aux besoins du public.
1. — Cf. Wilhelm Reich, The Cancer Biopathy, Orgone Institute Press, 1948
LA FONCTION DE L'ORGASME
Trouble de la vie sexuelle causé socialement
Troubles de la fonction de tension et de charge
Attitude inspiratoire chronique
Plaisir-angoisse
Sympathicotonie chronique
Troubles psychiques |
Troubles somatiques |
|---|---|
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Impuissance et frigidité Névrose de symptômes Névrose de caractère Perversion Psychopathie Pseudo-débilité Psychose Criminalité névrotique |
Disposition au cancer (excès de C02) Hypertension cardio-vasculaire Hyperthyroïdie Emphysème Rhumatisme Constipation, hémorroïdes Désordre général de l'équilibre végétatif. Chorée Épilepsie Maladie de Raynaud Chlorose Ulcère de l'estomac Tic Obésité |
Les causes sociales de la maladie par le trouble de la fonction de tension et de charge
Il ne faut pas que le médecin demeure uniquement absorbé par l'objectif du microscope. Il doit être capable de placer ce qu'il voit grâce au microscope dans la juste relation de la fonction de la vie autonome de l'organisme total. II devrait maîtriser cette fonction totale dans ses composantes biologiques et psychiques. Enfin il devrait comprendre que l'influence que la société exerce sur la fonction de tension et de charge de l'organisme et de ses organes a une signification décisive pour la santé ou la maladie de ceux qu'il doit soigner. Alors la médecine psychosomatique aujourd'hui le fief de quelques spécialistes deviendra bientôt ce qu'elle promet d'être : le cadre général de la médecine de l'avenir.
Il va sans dire qu'on ne pourra aboutir à ce cadre tant que la fonction sexuelle normale de l'organisme vivant continuera à être confondue avec les manifestations pathologiques des névrosés et les productions de l'industrie pornographique.